On lève la tête, et on avance

Lundi 24 Octobre, 23h45.

J+1 après le match

L’équipe a décidé que c’était à moi que revenait l’honneur d’écrire le résumé du match du dimanche 23 Octobre contre la jolie équipe de Villeneuve d’Ascq.

Me voilà à la fois ravie et gênée car c’est un exercice qui n’est pas si facile.

Jour J

Le vestiaire :

14h15 : Nous sommes presque au complet. On se prépare. L’atmosphère est gaie et la tension palpable. Des binômes se coiffent, certaines font des blagues sur leur système digestif pour évacuer le stress qui habite leurs tripes. Une autre est folle de joie en découvrant un mot doux glissé en secret dans le sac. D’autres encore se taisent.

Notre capitaine demande le silence afin de commencer à se concentrer.

14h30 : C’est le moment de commencer à se concentrer. On écoute notre capitaine :
«Il y en a marre qu’on soit vues comme des petites z’abeilles, alors on va leur montrer qui on est et de quoi on est capables !!!! ». Les têtes sont baissées, les joueuses sont serrées, la chaleur échappée de nos corps liés enrobe nos jambes.

Notre capitaine parle avec une énergie puisée de ses entrailles.

Le terrain : 

14h35 : Le ciel est bas. Il fait froid. On s’échauffe.

Notre coach mène la danse et donne le rythme.

Carré.
Trottiner.
Pompes.
Gainage.
Plaquage.

14h58 : La dernière arrivée a juste eu le temps de mettre une chaussure et se glisse dans le cercle pour un dernier rassemblement.

« – Alors on lève la tête, on se regarde dans les yeux et on va se battre, parce qu’on n’a pas peur ! Ok ?

-OK !!!!!! »

On se regarde. Je découvre la couleur des yeux de certaines filles.

15h00 : Coup d’envoi.

Le ballon est pour nous. On le récupère. On avance de quelques mètres.

On le perd : essai. Transformé.

15h05 : Dans l’en-but.

« On n’est pas la pour faire de la figuration ».

Alors ça oui, c’est bien vrai !!!! Où est donc passée notre rage?
Alors on va leur montrer qui on est et les faire douter.
Allez, courage, on y retourne. Ce n’est qu’un essai, rien n’est joué.

15h06 : 1ère mêlée

Les premières lignes ne sentent rien derrière. La prochaine sera la bonne.

15h10 : 2ème mêlée

Les premières lignes ne sentent toujours rien derrière.
Ça plaque.
Ça vole.

15h22 : On gagne du terrain. On joue de leur côté depuis 5 minutes.

Touche ! Nos adversaires commencent peut être à s’inquiéter ?
Pas pour longtemps : on perd le ballon. Elles percent : essai. Transformé.

« Plaquez bordel !!!! On a une seule chose à faire : P.L.A.Q.U.E.R ».

15h29 : On continue, on ne lâche rien.

Mêlée : toujours rien.
On se bat, on plaque…..un peu.

Nos adversaires sont rapides et musclées : essai.
Saut et envol de notre numéro 13 entre les poteaux pour tenter de contrer la transformation.
Transformé.

Mi-temps : C’est dur. Très dur.

La tension est là.
Les idées s’emmêlent.
Les paroles s’entrechoquent.
Allez, c’est dans la tête, ça passera.
La tension est toujours là.
L’attention est tournée vers notre capitaine qui nous parle calmement et nous apaise.

« Le match est perdu, alors maintenant, jouons, prenons ce qu’elles nous offrent et travaillons ».

15h50 : Reprise du match

Une des joueuses de l’équipe adverse lance un « On va se les faire, on va les déboîter ». Vu le score, je me serais bien passée de cette remarque. Qui est-elle ? Qui a dit ça, car je vais me la faire. Oh et puis non, je ne préfère pas savoir et choisis de dépenser mon énergie à essayer de jouer à peu près proprement plutôt que de vouloir lui faire manger ses mots.

16h02 : Enième mêlée.

Enième percée de nos adversaires.
Je cours mais rien à faire.
Les poumons me brûlent.
Essai.
On se regroupe dans l’en-but. Numéro 1 se colle à moi. Je la serre dans mes bras. On a bien besoin de se soutenir car on en bave. Il faut dire que ce n’est que notre troisième match.

16h15 : Maul

On porte le ballon. Juste sous mes yeux, je crois reconnaitre les chaussures rouges et noires de notre numéro 8.

FLEXION ! POUSSEZ !

FLEXION ! POUSSEZ !

Le ballon se cale sous mon bras. Quelqu’un va venir le récupérer et pousser derrière.

FLEXION ! POUSSEZ !

Le ballon est toujours là. Quelqu’un va venir le récupérer et pousser derrière.
La ligne d’en-but est sous mes yeux !!!!!! Y’a plus qu’à……
On s’écrase. Le ballon avec.

Il y a eu un avant ? Je ne me souviens plus, c’est allé tellement vite. Mais quoi qu’il en soit l’arbitre siffle !

Essai !!!!

+5 points pour la ruche : on ne conteste pas l’arbitre

16h35 : Le jeu continue

L’arbitre annonce qu’il reste 10 minutes avant la trentième minute de jeu. La blague est drôle mais la fatigue nous empêche de rire.

16h38 : Enième percée de nos adversaires.

A l’autre bout du terrain, une boule de muscle géante fonce vers notre numéro 22, fine et rapide. Un raffut de fou, vol plané de 2 mètres en arrière.
Nos adversaires marquent et transforment.

16h40 : Le jeu continue

Enième mêlée.

16h43 + 30secondes : Dernière mêlée selon notre arbitre blagueur.

16h43 + 60 secondes : Dernière VRAIE mêlée.

16h45 : La fin du match est sifflée. Nos adversaires nous saluent en silence et l’air sérieux.

A notre tour de les saluer : alors chantons et sourions, c’est tellement plus agréable !!!!!

Le vestiaire : 

16h55 : les larmes montent. Bien dégoutée d’en avoir autant bavé à essayer de jouer, à peu près……
Les larmes ne coulent pas. La douche va laver tout cela. Je frotte pour faire partir la terre de mes mains et mes genoux.
La relève est assurée !!!!!!!! La nièce de notre co-équipière prend sa douche avec nous. Ce serait drôle qu’elle fasse pipi sous la douche. En tout cas, moi ça m’amuserait. Et je ne suis pas la seule à le penser.
Le O’scotland : 

17h30 : La bière qui détend. Les discussions qui font du bien.

18h30 : Notre capitaine, boulette d’or en titre me remet l’écharpe.

« Il y avait un en-avant incontestable dans l’en-but ». Mais l’arbitre a toujours raison, alors, chuuuuut.

J+1 après le match :

Robocop a réussi à me détendre le dos, le cou et le cœur.

Le corps est douloureux. Demain, on retourne à l’entrainement, ça fera du bien.

Le prochain match est déjà dans 6 jours ! Comment faire ? C’est comme si c’était demain !

Allez, comme dit notre capitaine : « On lève la tête et on avance, car on va pas se laisser marcher dessus ».

Mardi 25 Octobre, 2h35.

Bonne récupération et à très vite sur le terrain.

Numéro 4.