Dernier match à domicile : une belle défaite

Samedi 2 avril, 9h30, le réveil sonne. Il faut se lever pour aller affronter Soisy-Montmorency. Ce matin, c’est difficile. Aveuglée par un soleil très lumineux et très chaud qui se lève paisiblement, j’ai la tête dans un étau mais le corps prêt au combat. Mais bon, je me dis qu’au moins, on ne sera pas pleines de boue après le match mais pleines de coups de soleil.

On joue encore une équipe haute dans le classement. Je me demande si elles ont changé leur plan de jeu depuis le dernier match. Font-elles vivre et virevolter le ballon à toute vitesse ? Sont-elles techniciennes, puissantes ou sprinteuses ?! Un match difficile arrive, c’est le dernier match à domicile de la saison voire le dernier de leur carrière rugbystique pour certaines… Je sais que je dois rester moi-même et prendre le dessus sur le contexte. C’est peut-être ça, le manque d’expérience. Pendant que l’on mange toutes ensembles au club, je suis perdue entre toutes ces pensées. Après tout, on a le mental et on l’a déjà prouvé. Il s’y passe beaucoup de chose et en même temps rien à la fois, je n’y suis pas. Besoin de voir les filles pour me mettre dans mon match. Non, ce ne sera pas « un jour sans », on n’est pas comme ça nous les zabeilles.

Je vois bien que je ne suis pas la seule qui ait le regard perdu vers l’horizon et ça a quelque chose de rassurant. Mais on va s’y mettre, toutes ensembles. Petit Molky entre copines pour se déstresser avant de rentrer dans le match. A 12H30 on rentre dans les vestiaires ; je prends doucement la mesure du match du jour. On se prépare dans le calme, l’ambiance est presque lourde. Le calme avant la tempête ? Peut-être bien. Ça sent l’arnica à plein nez. J’ai parfois l’impression d’être dans un vestiaire de boxe avant un combat. En fin de compte nous aussi on va au combat, mais toutes ensembles, c’est ça la beauté de notre sport. Notre capitaine galvanise ses troupes par un discours dont elle a le secret,je sors doucement de mon pseudo coma.

Vers 13h00, on part à l’échauffement. Les ballons m’échappent, je ne trouve pas mes appuis, je suis lente et gauche, à la recherche de bonnes sensations. Petits exercices d’affrontement pour finir l’échauffement. Numéros pairs à gauche et impairs à droite et on se rentre dedans. Tous ces contacts me font sortir de moi, je suis prête pour l’affrontement

13h28 : A 2 minutes du Coup d’envoi. J’observe nos adversaires, elles nous offrent une jolie panoplie de gabarits. Il va falloir être sur tous les fronts. Lors de cette première mi-temps, nous ne sommes pas totalement dans notre match, nous avons trouvé une équipe qui comme nous aime jouer avec ses avants et qui prend le dessus lors de mauls. Nous nous retrouvons contrées dans notre spécialité. Fin de première mi-temps 12-0

Au fond de moi, je bouillonne : elles ne sont pas imprenables. On a les armes pour lutter à n’en pas douter. Je vois les z’abeilles qui, assommées, perdent leur sang froid. Réveillez-vous les filles !’On peut le faire, il faut se battre sur chaque plaquage. On va y retourner avec plus de mordant et on va montrer à tout le monde y compris à nous-même qui on est. Notre coach et notre capitaine nous parlent, ils nous motivent. Il faut réveiller les guerrières qui sommeillent en nous.

L’équipe se remet dans son match. Les filles plaquent, plaquent, et replaquent. On ne lâche rien, on y va. Aussitôt un genou à terre, on se relève pour replaquer. Voilà ! C’est ça l’esprit d’équipe, c’est ça qu’on cherche dans le rugby. Ca y est, on a repris nos esprits, on a retrouvé nos qualités, allez les zabeilles ! Nos efforts payent, ce qui permet à Marilou d’aller aplatir derrière la ligne d’essais.
Essai transformé 12 -7

On continue à se battre mais au bout du compte, victoire de Soisy-Montmorency 17 -7. C’est toujours dur de perdre, forcément surtout à domicile. Mais on a montré malgré tout qu’on ne lâchait rien et qu’on avait bien progressé depuis le match aller. On a traversé une première mi-temps compliquée, tant pis, ça fait partie du sport. On a montré qu’on avait un mental et un cœur « gros comme ça ». 4

Faire preuve d’abnégation, se soutenir, et faire la fête après le match, c’est ça être une abeille !